Adolfo Ramirez

Cela va vous surprendre, mais j’aime beaucoup Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT. Tout d’abord, je le remercie du plus profond de mon cœur d’assumer sans réserve d’être la caricature d’Adolfo Ramirez, caricature elle-même incarnée par Gérard Jugnot dans Papy fait de la résistance. Ensuite, comme toutes les personnes arrivées à un poste par une sombre magouille (élu Secrétaire général en 2015 grâce aux voix de la fédé Santé, détournée avec la complicité de de sa compagne Nathalie Gamiochipi), Philippe Martinez sait qu’il faut en faire plus, souvent trop, pour faire oublier cette tâche originelle. Alors, depuis trois ans nous le voyons battre le pavé des axes parisiens. Contre : la loi El Khomri (2016); les ordonnances travail (2017); le statut de la SNCF (2018); et maintenant la mise en place d’un système universel des retraites. Et durant ces années, aux élections professionnelles, la CGT perdait le titre de premier syndicat Public-Privé aux dépend de la CFDT. J’aime vraiment beaucoup cette constance des gens qui n’apprennent pas de leurs échecs, adeptes du proverbe Shadok « Plus ça rate et plus on a de chance que ça réussisse ».

Parlons en de cette réforme du système de retraite qui provoque une certaine désorganisation dans nos systèmes de transport… De quoi s’agit-il ? Le principe : transformer les dizaines de régimes actuellement existants (on cite le chiffre de 42) pour le remplacer par un schéma unique dit « universel » à points. Il semble que la situation actuelle gagne à être réformée. Chacun a le sentiment que l’autre bénéficie d’un avantage : les « privés » accusent les fonctionnaires d’avoir une pension calculée sur les six derniers mois de leur activité contre les 25 meilleures années pour eux; les fonctionnaires accusent les « privés » d’avoir une pension calculée sur l’intégralité de leur salaire alors que pour eux les primes, part consubstantielle de leurs revenus, ne sont pas prises en compte; régime général et fonctionnaires accusent les « régimes spéciaux » de partir en retraite bien plus tôt qu’eux (entre 42 et 55 ans au lieu de 62…)… Bref personne n’est satisfait, chacun jalouse son voisin, pense qu’il a le plus mauvais des régimes. Une situation de surcroit plus vraiment égalitaire dans la mesure où les raisons justifiant certains départs prématurés (pénibilité de conduite de locomotives à charbon par exemple) n’existent plus alors que de nouvelles situations pénibles (travail en plateau téléphonique…) ne sont pas prises en compte.

Il fallait une remise à plat du système qui soit plus lisible, plus juste, plus simple. Depuis plus de 10 ans la CFDT milite pour un système universel de retraite à points. Emmanuel Macron et son Gouvernement en ont repris l’idée. Le Haut Commissaire aux retraites a discuté avec les partenaires sociaux pendant plus d’un an avant de remettre sa copie. Alors, pourquoi ce sentiment d’énorme gâchis et de blocage ? Questions de fond ? Question de méthode ?

La méthode – La CGT et Sud ayant tout de suite fait savoir qu’elle refusait par principe le système de retraite à points et la remise en cause des « régimes spéciaux », on peut comprendre que le Gouvernement n’ait pas cherché à obtenir un accord impossible avec ces deux organisations. Mais pourquoi Édouard Philippe a-t-il brandi le chiffon rouge de l’age pivot, donnant l’impression de précipiter les organisations « réformistes » (CFDT, UNSA…) dans le lit de la CGT ? Personne, semble-t-il ne souhaitait négocier durant la trêve des confiseurs. Pourquoi le Gouvernement n’a-t-il pas mis au défi l’ensemble des partenaires sociaux de se réunir avant Noël et de ne séparer qu’avec un accord signer a minima par certaines confédérations ?

Le fond – Qu’elle mouche a piqué le Premier ministre de vouloir, dans un même texte, faire une réforme systémique (la retraite à point) ET placer des mesures conjoncturelle d’équilibre (l’age pivot) ? Sauf a admettre que certains au pouvoir ont voulu se payerla tête de Laurent Berger ! Osons espérer que début janvier raison sera gardée et qu’un accord sera trouvé avec les principales organisations réformistes.

Luttons maintenant contre des « Fake-News » complaisamment relayées :

  • Non, la reforme proposée ne remet pas en cause le système de retraite par répartition. Système par répartition : les cotisations payées ce jour servent à payer les retraites d’aujourd’hui. Système par capitalisation : les cotisations (système aux USA) sont placées pour être reversées sous forme de rente durant la retraite. Il n’est aucunement prévu dans la réforme proposée de basculer vers un système à capitalisation. Seuls les modes de calcul (points à la place de trimestres, période de référence) doivent changer.
  • Non, la réforme n’est pas plus favorable aux très haut salaires. Le taux de cotisation des salaires sera de 28,2% (60% employeurs/40% salariés). C’est cette cotisation qui donnera droit à obtention de points. Pour les très hauts revenus (supérieurs à 120 000€/an, soit 10 000€/mois), les sommes supérieures seront frappées elles d’une cotisation de 2,8%, n’ouvrant droit à aucun droit de point, donc aucun droit à retraite. D’ailleurs, Sylvie Durand, de UGICT-CGT, la CGT des cadres, estime que ceux qui parlent de cadeaux aux riches «se trompent lourdement».
  • Non, toutes les retraites ne vont pas baisser. Certes, c’est l’ensemble de la carrière et non plus les 25 meilleures années ou 6 derniers mois qui vont être pris en compte. Mais, chaque euro cotisé donnant droit à point, tout va dépendre de la valeur attribué au point. Valeur qui sera décidée par un nouvel organisme co-géré par les partenaires sociaux.

Aujourd’hui, entre sapins de Noël et cotillons de Saint-Sylvestre, nous sentons bien que le mouvement poussé aux forceps par l’ami Philippe s’essouffle (on parle de moins de 10% de grévistes à la SNCF). En même temps, l’adhésion des Français au mouvement est à son plus bas niveau : 31% de soutien selon le dernier sondage du JDD (-3% en une semaine, -5% depuis le début) et 20% (stable)  ont un taux de «sympathie» (?). Il est grand temps que les négociations reprennent sérieusement. Sans doute que le Gouvernement lâche du lest sur cette notion d’age pivot, donne de nouvelles garanties sur la prise en compte de la pénibilité (comme il l’a fait pour les policiers et pompiers). Et que tout soit résolu avant le 9 janvier, nouveau rendez-vous fixé par Philippe Martinez. 

Un nouvel échec pour ce dernier ? Pas de souci à se faire pour lui : « on ne change pas une équipe qui perd ! » (diction cégétiste).