Cette semaine, deux nouveaux faits ont retenu, très très largement, l’attention de nos très très chers médias. Cela a commencé par les accusations de l’actrice Adèle Haenel relayées par le pure player Mediapart. La jeune femme accuse Christophe Ruggia (le réalisateur qui l’a fait connaitre au cinéma dans Les diables, film tourné alors qu’elle n’avait que 12 ans) « d’attouchements » et de « harcèlement sexuel » lorsqu’elle était âgée de 12 à 15 ans. Diantre ! Que dis-je ? Diable ! Le prédateur de 24 année son ainé aurait sévit sur une adolescente en position d’ascendance psychologique. Si les faits sont exacts (mais qui peut le dire ?) la chose est grave. Mais, est-ce à un media de le décider ? Visiblement, le doute n’est pas la notion la mieux partagée sur les réseaux sociaux qui se sont aussitôt fait leur religion. Ni à la Société des réalisateurs de films (SRF) qui a aussitôt décidé d’exclure le réalisateur de ses membres. Rapidité-Sévérité-Exemplarité : cela me rappelle certains tribunaux révolutionnaires que la France a connu entre 1793 et 1794, ou d’autres pays, plus récemment (les procès de Moscou par exemple). Dans le cas présent, de procès point (d’ailleurs Mlle Haenel a affirmé ne pas souhaiter porter plainte) ; de procès point donc, sinon de procès et de lynchage médiatique. Les Saint-Just sont désormais numérique !

La Une de Mediapart ce jour : le sexe fait vendre
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Mercredi prochain sort le dernier film de Polanski « J’accuse », adaptation du roman de Robert Harris sur l’Affaire Dreyfus vue sous l’angle du colonel Picquart. Effet du hasard certainement, une photographe française, Valentine Monnier, 63 ans,  accuse, dans le Parisien cette fois Roman Polanski de l’avoir violée… en 1975, soit il y a 44 ans ! Et l’actrice ci-dessus nommée, Adèle Haenel, sans rien connaître de l’affaire déroulée 14 ans avant sa naissance, apporte son soutien et son admiration à la photographe.

Bien entendu, pas plus qu’aucun autre, Voldemort n’a d’information exclusive sur la véracité ou non de ces accusations. Mais justement, si nous en restions aux faits ?

  • Une adolescente de 12 ans a-t-elle été victime de violence de la part de son Pygmalion ? Parole contre parole. Des témoins étrangement absents : les parents qui tout de même auraient pu (du ?) s’interroger sur la proximité entre leur fille et le réalisateur. Silence. Alors, seule une enquête menée par la justice peu tenter de démêler le vrai du faux : sanctionner le prédateur, si prédateur il y a, ou alors blanchir un homme mit injustement au ban sur la place publique. Telle est la démarche normale en un État de droit tel que la France. Le Parquet de Paris l’a bien compris en ouvrant une enquête pour agressions sexuelles malgré le refus (!) de la possible victime.
  • Une jeune modèle de 18 ans a-t-elle été frappée puis violée par un réalisateur déjà au sommet de sa gloire dans un chalet suisse ? Polanski a un passé trouble en matière de relations sexuelles (condamnation pour des rapports avec une adolescente de 13 ans aux États-Unis dans les années 70) mais cela ne suffit pas pour prouver qu’il serait coupable de viol sur Valentine Monnier. Prouver. Là est la nécessité, mais là est la difficulté, 44 ans après les faits décrits, prescrits. On peu comprendre qu’il faille du temps à une femme violée pour accepter d’en parler et de déposer plainte. C’est pour cela que la prescription pour viol a été passé récemment de 10 à 20 ans (à compter de date de la majorité pour les victimes mineures). Du temps certes, mais 44 ans…

Depuis deux  ans, nés des suites de l’affaire Harvey Weinstein, les hashtags #Metoo et #BalanceTonPorc envahissent les réseaux sociaux ou chacune se croit autorisé à jeter sur la place publique des accusations de violences sexuelles en divulguant l’identité des personnes dénoncées. Désormais, la « Grande presse » se prête à ce jeu malsain des « Révélations/Accusations ». Venus d’une Amérique plus fâchée avec le sexe qu’avec les armes, cette pratique gagne notre pays qui, lui, a un lourd passé avec la délation…

Le temps judiciaire n’est pas le temps médiatique. Laissons agir nos tribunaux qui n’ont plus cette complaisance machiste que l’on pouvait autrefois suspecter. Les violeurs sont condamnés, mais à la condition que les victimes portent plainte. Et les diffamateurs le sont aussi, comme Sandra Muller, condamnée en première instance (elle a fait appel) pour avoir sur Twitter condamné à une mort sociale E. B. en l’associant à #BalanceTonPorc.

Je ne pense pas que Zola se satisferait de ces J’accuse à la sauce #Metoo. Alors, si Satan l’habite, saisissons les tribunaux !