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Cela faisait une semaine qu’ils nous bassinaient avec « le premier anniversaire » du rassemblement des Gilets jaunes.  Pourtant, l’INA venait de publier un étude montrant la sur-médiatisation dont ce mouvement a pu faire preuve dans la presse audio-visuelle. « Ces données donnent la mesure de l’intensité de la médiatisation, avec 20 % des JT consacrés aux manifestations pendant cinq mois, et sur les chaînes d’informations en continu, plus de 14 heures quotidiennes d’information dédiées aux événements lors des premiers week-ends de mobilisations (actes I à VI). » En regard, notons les chiffres de la mobilisation : de moins de 300 000 le premier week-end à 38 000 le dernier week-end de l’étude (Actes 1 à 6). Cette couverture médiatique est sans précédent, comparée aux grands mouvements sociaux précédents et malgré des participations populaires autrement plus importantes : par exemple 2 millions de manifestants le 12 décembre 1995 contre le plan Juppé sur les régimes spéciaux de retraite.

Les gilets jaunes ? Un mouvement qui n'existe que par les médias
Évolution du nombre de Gilets jaunes de novembre 2018 à juin 2019

Né d’une colère contre la fiscalité écologique sur le diésel, composé de personnes issues de la classe moyenne-inféreure de province qui souffrent d’un manque de reconnaissance, ce mouvement s’est fédéré grâce aux réseaux sociaux (la première journée s’est organisée autours de pages Facebook). Se disant a-politique, refusant de s’organiser autour de représentants qui auraient vocation à négocier avec le pouvoir, ce rassemblement est en fait du pur poujadisme, mais sans leader. Sans cette sur-exposition dans les médias (la presse écrite n’a pas été en reste), les ronds-points se seraient vite vidés. Mais, la présence quotidienne auprès d’eux de journalistes – oubliant le B-A-BA du métier, à savoir le contrôle de l’information – publiant leurs affirmations aussi péremptoires que souvent inexactes ou incomplètes, leur ont donné de la confiance, de l’assurance et surtout l’envie de continuer à être écouté.

A-politiques les Gilets jaunes ? Dès son origine, ce mouvement est viscéralement encré à droite comme le montre ses premières revendications : anti-impôt, anti-élites, anti-parlementaire refusant la démocratie représentative pour une démocratie directe (le fameux RIP), terreau de tous les populismes. L’antisémitisme n’est pas toujours éloigné comme l’ont montrés certains slogans et apostrophes entendus au fil des samedis. Et quand certains Gilets jaunes se sont présentés aux élections européennes, c’était sur des listes proches de l’extrême droite.

La violence. Certaine presse, dont Le Monde de façon caricaturale, ont voulu nous présenter les Gilets jaunes comme de braves citoyens pacifistes défilant dans des cortèges « bon enfant ». Bon enfant, ce que l’on a pu la lire et l’entendre cette expression ! Mais la vérité est autre. Le mouvement a commencé par l’occupation de ronds-points. Bilan : 10 morts d’automobilistes, le plus souvent surpris, de jour comme de nuit, par des routes barrées. Il s’agit du mouvement social le plus meurtrier des 50 dernères années (y compris mai 68, entre 5 et 7 morts). Bon enfant les saccages chaque samedi à Paris et dans les grandes villes de province ? Au début, la presse complaisante nous parlait d’infiltration de Black-blocks : nos petits jaunes restaient purs, non violents, victimes de vilains issus de la gauche extrême infiltrant leur cortèges. Maintenant, ils nous parlent quand même d’ «ultras- jaunes ». Et puis, il y a eu les violences faites aux permanences de députés de la majorité. Pas très démocrates nos Gilets jaunes.

Donc, après une semaine de forte médiation de ce premier anniversaire, nos Gilets jaune ont décidé de remettre le couvert. Regardons ce court extrait du journal télévisé de France 2 de jeudi 14 novembre. Reportage sur un rond point et écoutons ce qu’affirme l’interviewée très sûre d’elle :


« On n’a rien gagné… le prix de l’essence a encore augmenté, il ne baisse jamais… On nous a balancé des miettes en janvier »

Précisons, ce que la journaliste Anne-Claire Poignard n’a pas cru devoir signaler dans son reportage :

  • Les miettes représentent 17 milliards d’euros
  • L’essence n’a pas augmentée depuis novembre 2018 (1,617€ le 1er novembre 2018, 1,58€ le 16 novembre 2019 pour le Super 98)

Évolution du Super 98 de novembre 2018 à novembre 2019
Évolution du Super 98 de novembre 2018 à novembre 2019

Les mêmes causes produisant les même effets, nous avons eu droit hier au retour des saccages à Paris. Signe engageant : ils n’étaient que 28 000 sur l’ensemble de la France (10 fois moins qu’il y a un an). Problème, n’ayant toujours aucun leader reconnu et accepté, de qui accepteront-il une injonction comme celle de Maurice Thorez le 11 juin 1936 : « Il faut savoir terminer une grève ».?