Aujourd’hui, pas de billet : droit de retrait. Mon billet précédent Tonnerre de Brest a suscité des remarques de la part d’internautes. Je m’estime agressé. Droit de retrait. Je ne reprendrais ma plume virtuelle que lorsqu’il n’y aura plus qu’un torrent de réactions exagérément louangeuses. Droit de retrait. Comment cela n’a rien à voir ? Je me serais engagé à produire ma diarrhée verbale chaque jour du seigneur entre matines et vêpres ? Qui puis-je si tous les internautes du monde ne partage ma vision toute personnelle du monde et de la société, et que des désaccords s’affichent sur ma page ? Droit de retrait vous dis-je ! La liberté d’expression ? Un peu de tolérance ? Il est vrai qu’en ces tristes jours où le sexe tarifé est en voie d’être banni, puni, on ne peut même plus sortir cette superbe saillie de Paul Claudel (reprise par Clemenceau ) «La tolérance, il y a des maisons pour cela !» Droit de retrait donc. Pas de billet. Pas de bras, pas de chocolat.

Et puis, cela est très tendance le droit de retrait. Voyez le dernier exemple qui me vient à l’esprit : vendredi dernier, un contrôleur SNCF est agressé dans un TER Marseille-Nice. Aussitôt, les contrôleurs de la région PACA décident «d’exercer le droit de retrait». Trafic interrompu. La direction de la SNCF regarde… ne pas passer les trains. Diantre ! Ces agression d’agents de contrôle sont certes préoccupantes, mais quel rapport avec le droit de retrait ? Il s’agit du droit pour le salarié d’arrêter le travail lorsqu’il se trouve dans une situation dont il a un a motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, dispositions prévues par les articles L4131-1 et L4132-1 du code du travail. En quoi la santé du contrôleur d’Aubagne est-elle menacée par une agression survenue deux heures auparavant à un autre endroit de la région ? Si des revendications réclamant des mesures permettant d’assurer une meilleure sécurité des contrôleurs, mais aussi des voyageurs, ne les oublions pas, utilisons les outils du dialogue social : propositions, concertation, préavis, grève… Et que dire du lâche silence assourdissant de la direction ?

Entre deux droits de retrait, un TER reliant des cités régionalesEntre deux droits de retrait, un TER reliant des cités régionales

Ce sont comme ces prévis de grèves lancés par un syndicat SNCF également du sud de la France pour l’ensemble des week-end de décembre (bien vite retirés heureusement). Généralement, la grève, en contrepartie de la perte de rémunération, a pour but de gêner les dirigeants afin de faire aboutir «les juste revendications des travailleurs» comme l’on dit. Dorénavant, le but est-il de perturber principalement la vie familiale de travailleurs déjà lourdement pénalisés par la crise ? Bien sûr, me direz-vous, il n’est pas très correct pour un citoyen se disant de gauche de critiquer ce type d’agissements mis en avant par certains syndicats. Et bien si. justement, c’est parce que je suis de gauche, que je défends le droit de grève, laborieusement obtenu au XIX° siècle, pour qu’il ne soit pas dévoyé. Le droit de retrait est une nouvelle avancée créé par les lois Auroux en 1982 mérite respect. N’utilisez-le, messieurs les contrôleurs, qu’avec discernement !

Finalement, vous l’aurez eu ce billet. Vous pouvez adresser un grand merci aux cheminots de PACA. Ose-t-on leur souhaiter, pour la prochaine année plein de bonnes agressions (pas trop violentes tout de même) pour un exercice tout en finesse de leur droit de retrait. Et, pour ce qui me concerne, comme disait Dominique à Nafissatou : «Il est temps que je me retire».