Des voyous, il y en a toujours eu, de tout temps, partout. Par exemple, quand j’étais adolescent, j’ai eu plusieurs copains qui ont eu des comportements à ne pas suivre (vols, tentative de viol). Arrêtés, jugés, ils ont été condamnés à connaitre la rigueur des prisons bretonnes. Plus tard, fonctionnaire d’État, j’ai rencontrés plusieurs collègues, dont un que je fréquentais au-delà du travail, qui ont été convaincus d’avoir confondu les caisses de l’État avec leurs comptes personnels. Là encore, la sanction ne s’est pas fait attendre : renvoi immédiat, jugement, condamnation pénale lourde.

Nous vivons donc, depuis que nous sommes en démocratie, dans une société où chaque entorse à la règle commune est sanctionnée, plus ou moins lourdement, mais n’est jamais impunie. Il est vrai que, durant ces dernières années, une justice spécifique à certains dirigeants semblait apparaitre : n’est-ce pas Monsieur Chirac ? Quelle sanctions avez-vous eu pour avoir, pendant près de vingt ans, plongé vos larges pattes dans la caisse de la ville de Paris pour assouvir les besoins de votre ambition exacerbée ? Une assignation à résidence dans un luxueux appartement Quai Voltaire à Paris, appartement généreusement prêté par un milliardaire libanais de vos amis ? Même pas. Seules la maladie et la mort vous immobiliseront.

Et bien, cette semaine, une nouvelle catégorie d’«intouchables» vient de naître : les voyous de la mer qui semblent autorisés à inonder nos côtes de leur pétrole gluant. Cette semaine l’avocat général près la Cour de cassation a requis l’abandon des poursuites contre l’affréteur du pétrolier Erika, car le naufrage s’est déroulé (le 12 décembre 1999) au large des côtes bretonnes, mais en dehors des eaux territoriales françaises. Si la cour devait suivre ces réquisitions, ce serait un blanc-seing à tous de continuer d’affréter des navires poubelles pour transporter cette source d’énergie. Chantons alors tous en chœur avec Gilles Servat : «Erika, Erika, nous n’irons plus chez ton affréteur par hasard» (voir plus bas).

Grace à l’affréteur de l’Erika, s’étendre nue sur un rivage de l’Atlantique n’est plus possible
Grace à l’affréteur de l’Erika, s’étendre nue sur un rivage de l’Atlantique n’est plus possible

A propos d’énergie, je lisais ce matin au petit déjeuner cette nouvelle un peu plus légère trouvée à la Une du quotidien local Le Télégramme : des anglais auraient mis au point un processus pour fabriquer du méthane avec des excréments humains. Mettant leur trouvaille en pratique, ils ont appliqué ce mode d’énergie à une voiture allemande, baptisée pour l’occasion «New Beetle Bio-Bug». Il n’est pas précisé dans l’article si les traditionnels sièges sont, dans ce joli coupé, remplacés par des montaubans. Mais, en tout d’état de cause, en cas de panne de combustible, il faut toujours pousser !

Un petit caca, et hop, ça démarre !
Un petit caca, et hop, ça démarre !

Écoutons Gilles Servat : «Erika, Erika, nous n’irons plus chez ton affréteur par hasard»