Une semaine qui restera certainement dans les mémoires s’achève. Et, fort heureusement. Ça n’est tout de même pas tout les jours qu’un tout juste ancien ministre de la République est convaincu d’avoir menti : au chef de l’État, au chef du Gouvernement, à ses collègues ministres, à la représentation nationale par une réponse solennelle devant les députés et à l’ensemble de la nation par ces multiples déclaration à la presse écrite et audio-visuelle. Rien que ça ! Et ça n’est tout de même tous les jours qu’un ancien ministre du budget, donc chargé du calcul et du recouvrement des impôts, est fortement soupçonné de fraude fiscale sur une période de plus de 10 ans ! Ce triste sire, qui dans son bureau de Bercy, arborait une affiche de Picsou, n’était en fait qu’un vulgaire Rapetou

Il se croyait Picsou, il n'tait que Rapetou !
Il se croyait Picsou, il n’était que Rapetou !

Voilà qui fait terriblement mauvais effet 11 mois après l’élection d’un président qui avait fait de la République irréprochable un thème fort de sa campagne. Jusqu’au bout, devant les affirmations répétées de l’individu, niant avoir détenu un compte à l’étranger, je l’avais cru. Mentir ainsi, cela n’a pas de nom. Maintenant, il me semble qu’il y a plus grave : que ce monsieur, connaissant son propre passé aux limites, pour le moins, de la légalité fiscale, ait pu accepter de prendre en charge le ministère du budget d’un gouvernement de gauche voulant lutter contre la fraude fiscale ! Mais dans quel monde vivent ces gens (il n’est malheureusement pas le seul) si imbus d’impunité qu’ils puissent tout se permettre ! Et, il parait qu’il souhaite revenir au Parlement dans les jours prochains, grâce (on ne le dit pas… pourquoi ?) à une modification constitutionnelle voulue par Nicolas Sarkozy (auparavant un ancien ministre devait avoir recours à une nouvelle élection). Pour faire virer son indemnité parlementaire à Singapour sans doute.

La gauche est embarrassée, on le serait à moins. Mais la droite, elle n’a aucun complexe. Oubliant bien vite comment du temps de Sarkozy (c’est à dire il y a un an) le pouvoir faisait pression sur la justice pour enterrer les dossiers encombrants : affaire Bettancourt, Woerth, Karachi, financement occulte des campagnes Balladur 1995 ou Sarkozy 2007… N’est-ce pas Monsieur le procureur Philippe Courroye qui veniez régulièrement à l’Élysée, au mieux pour rendre compte, au pire pour prendre les ordres. La droite accuse la gauche d’incompétence pour ne pas avoir su deviner le passé d’un de ses ministres, oubliant qu’elle était plutôt coupable, elle, de forfaiture. Incompétence. C’est, en deux jours, le leitmotiv asséné par la droite. François Hollande, Pierre Moscovici auraient du utiliser les services de l’État pour enquêter sur les possibles compte du ministre du budget. Et la presse (il fallait les entendre, Carreyrou hier, Elkabbach ce matin sur Europe 1…) de reprendre en boucle : si Hollande-Ayraut-Moscovici n’ont pas utilisé les services de l’État (en clair la DCRI et accessoirement la DGFIP) c’est au mieux de l’incompétence, au pire de la complaisance. Pour leur défense, reconnaissons que certains de nos dirigeants nous avaient habituer à une jolie confusion en utilisant les services de l’État pour tenter de cacher leur petites turpitudes. C’était par exemple Mitterrand montant une cellule d’écoute composée de gendarme pour protéger le secret de sa fille Mazarine. C’est Sarkozy qui demande à la DCRI d’enquêter pour savoir qui fait courir le bruit sur les relations amoureuses de sa Carlita. C’est toujours Sarkozy qui fait espionner les conversations de plusieurs journalistes coupables d’enquêter sur l’affaire Bettancourt… Nul ne peut dire que dans l’affaire du compte suisse du ministre du budget, aucune pression n’a été faite sur la justice. De décembre à mars, il y a enquête préalable, ouverture d’une information judiciaire, mise ne examen. Sans jamais une attaque d’un juge, comme le fit la droite lors de la mise en examen de Sarkozy le mois dernier.

Non, cette triste affaire a au moins le mérite de nous montrer que, oui, entre la droite et la gauche façon Hollande il y a bien une différence : on ne partage pas les mêmes valeurs sur le sens de l’État de droit ! Et je ne peux terminer ce billet sans avoir une pensée émue, pour le héraut de la droite qui cette semaine n’a cesser de nous clamer son indignation contre les mensonges du ministre du budget, accusant même le président de chef de clan. Qui ?

Jean-François Copé faisant trempette dans la piscine de Ziad Takieddine
Jean-François Copé faisant trempette dans la piscine de Ziad Takieddine. Elle est étanche au moins la Rolex ?
  • Jean-François dont un livre récent nous a montré comment il a truqué son élection à la présidence de l’UMP.
  • Jean-François qui, juste élu en 2007 député et président du groupe UMP n’a pas hésité, en plus de son mandat de maire de Maux, à se faire appointer par un grand cabinet d’avocats d’affaire, sans nullement craindre les conflits d’intéret.
  • Jean-François qui se fait offrir une montre Rolex par Ziad Takieddine, triplement mis en examen dans l’affaire Karachi